Pousse-Pouce 2017: Compétition d'Autostop !

Ecrit par Nina

Peter et moi, Nina, revenons d’un weekend fou d’autostop. Le 8 avril 2017, une compétition de pousse-pouce (autostop) a eu lieu, où plus de 120 personnes sont parties de Genève en binôme pour se rendre à une destination inconnue.

Notre réveil est difficile, mais très vite sous un soleil pétant ses éclats dans un ciel bleu, l’excitation prend le dessus.

Le rendez-vous est à 9h30 à la perle du lac. Un troupeau de plus de 120 personnes est rassemblé. Les sourires, les conversations fourrées de rires, les dégaines multicolores et déjantées, du costume intégral aux simple accessoires, les bouts de cartons parsemés sur le sol et dans les bras… Impossible de deviner ce qui se cache derrière ce rassemblement.

C’est si étrange que six policiers municipaux apparaissent pour se renseigner. Peter et moi sommes passé par dessus une barrière pour avoir une bonne vue de l’ensemble et ils commencent par nous faire comprendre que nous n’avons rien à faire là. Peter commence à leur expliquer la compétition et ils se mettent à discuter de bonne humeur à l’endroit proscrit. Quelle idée de faire faire du stop avec autant de personnes, sans parler de faire du stop tout court!

L’organisation est impeccable. Les binômes se présentent à une table où ils s’enregistrent et signent l’acceptation de la charte de l’association. En échange, ils reçoivent un gilet de sécurité et leur dossard. Un regard vers le notre et la surprise nous submerge. On a le numéro 42 😮 ! La réponse à la question ultime de la vie, de l’univers, de tout!!! 😛 (clickez ici si vous ne comprenez pas).
Fiers et euphoriques, notre dossard dans les mains, Peter et moi prenons place dans l’herbe pour nous préparer. Sur le dos du dossard se dessine une carte de la Suisse où un rond rouge nous désigne la première étape de la course: le Château de Gruyère!

Autour de nous tout le monde s’active. Les uns finissent de se déguiser, un lapin se prélasse au soleil alors qu’une licorne se réajuste les poils et que Superman observe le tout d’un regard scrutateur; d’autres inscrivent des villes et des messages sur des bouts de cartons. Tout en stockant l’énergie que le soleil nous déverse avec bonté et en attendant l’heure de départ, nous échauffons nos méninges à la recherche de stratégies d’efficacités.

Premier réflexe, faire des panneaux avec la destination et les villes sur le chemin. Les méthodes diffèrent et les artistes se démarquent. Les marqueurs de couleurs passent de mains en mains alors que les bouts de cartons, feuilles de couleurs ou encore des sacs en cartons revisités se remplissent progressivement de lettres, symboles, motifs et couleurs.

Un besoin d’inspiration? Regarde chez le voisin qui te lancera « hey, copie pas! » avec un sourire. La concurrence amicale est amadouée par les premiers contacts. Les messages se multiplient: « un peu plus loin », « aidez-nous à gagner », « nous sommes gentils » ou encore « Rio de Janeiro ». Les leaders, bosseurs ou plus artistes de chaque groupe se remarquent. Ils s’acharnent sur les panneaux pendant que leur binôme observe et discute.

La créativité est à son comble lorsque l’échauffement est annoncé. Il faut finir avec regret son coloriage alors que l’animateur – Florian que nous ne connaissons pas encore – clarifie au mégaphone les « règles » et la logistique de la journée: Port du gilet pour être visible et dans les règles, précisions de bon sens comme ne pas se mettre au milieu de la rue pour faire du stop, annonce de défis à faire à la première étape ou encore présentation de la voiture-balai qui s’assurera de chercher les auto-stoppeurs en détresse pour que tout le monde soit à bon port pour le dîner. L’échauffement est lancé. Chaque binôme lance son cri de guerre puis nous nous plaçons sur la ligne de départ.

Pour moi, cette compétition représente un prétexte pour se rassembler et faire du stop, un moment de partage et d’expérience plutôt que de compétition, mais étrangement, elle soulève en nous les mêmes sensations et réflexes que lors d’une course à pied. Un petit stress lié à la concurrence et l’envie de voir comment les autres vont s’y prendre.

Alors qu’on attend le départ, j’ai l’impression d’attendre le coup de feu de la course de l’escalade.

Nous sommes dos au lac et nous préparons à nous lancer sur la route suisse, route qui longe le lac et qui nous mènera jusqu’à Vevey où il faudra ensuite monter sur Bulle.

Peter et moi définissons notre stratégie: courir le plus vite possible pour rejoindre la route.

Les dernières pensés fusent dans ma tête: Quelle idée d’avoir 120 personnes faire du stop sur la même route au même moment! Est-ce plus logique d’attendre à l’arrière ou de foncer devant tout le monde? Genève a fleuri depuis une semaine…

Et BAM!

On se met à sprinter.

On mène la course jusqu’à la route avec un autre binôme. Yeeeeaaaah!

Dix minutes plus tard, alors que nous continuons à courir pour prendre de l’avance, des gilets jaunes fluo des autres binômes nous devancent en voiture en nous faisant des signes. Nous commençons franchement à questionner notre logique 😛.

Quelle vision étrange cela a dû être à 11h en ce samedi 8 avril de voir autant de monde en habit de carnaval couvert de gilets jaunes fluos tentant de monter dans des voitures!?! Au plus convaincant, charmant ou étrange de se faire prendre!

Nous continuons à progresser en direction de la station service se trouvant peut-être à deux kilomètres de la perle du lac sur la route Suisse en compagnie d’autres binômes, tout en brandissant notre signe « Lausanne » et  » YOU are the 1″. A la station service, nous avons plus de chance de nous faire prendre.

Il y a déjà deux-trois binômes tentant leur chance auprès des voitures arrêtées. Le temps que nous arrêtons d’aller de droite à gauche et que nous établissons notre stratégie, d’autres nous ont rejoints. Entre nous, seul un petit signe de la main ou un sourire; nous sommes trop occupés à trouver une voiture. Certains ont sous les bras des boîtes de biscuits pour amadouer les conducteurs, d’autres sont accoudés à la fenêtre d’une voiture discutant avec un conducteur.

Une voiture s’arrête. Je m’approche une perruque multicolore de clown sur la tête et le sourire aux lèvres.

– « Bonjour!!! Vous allez sur Lausanne?

– … Oui … ?

– Vous pourriez nous prendre avec vous … ?

– … Si vous voulez.

– Trop GENIAL! 😀 😀 😀 « 

Peter me rejoint avec un chapeau de père Noël sur sa tête… de quoi se poser des questions 😉 .

Notre premier conducteur se rend à Lausanne avec sa mère. A Lausanne, ils nous déposent à Ouchy où plusieurs voies mènent aux autoroutes. En arrivant, nous voyons un binôme tentant leur coup sur le côté de la voie menant à l’autoroute. Nous tentons une route secondaire pour ne pas leur faire la compétition, tout en les observant gigoter, danser et supplier. Il est marrant de voir leur technique évoluer au fur et à mesure que le temps passe, alors qu’aucune voiture ne s’arrête. Il faut dire que nous ne menons pas plus large de notre côté. Sans la dizaine de binôme qui nous entouraient sur la route Suisse, l’ambiance de l’attente est plus calme et pensive. En observant l’autre binôme et en remarquant comment nous agissons, la question de la pertinence de l’autostop qui me trotte toujours en tête me revient.

* * *

Je suis super consciente du pouvoir que j’ai à contribuer à l’image de l’autostop simplement en me plantant au bord de la route avec un signe et un sourire. Imaginez juste la quantité de personnes nous ayant vu rien que durant l’heure que nous avons passé à attendre une voiture pour Lausanne! C’est une belle quantité de personnes qui vont se questionner sur le stop, ce qu’il représente et ce qu’il apporte. Je pense que par notre seule présence au bord de la route, nous encourageons une société basée sur la confiance mutuelle; nous invitons à la rencontre et l’ouverture, à la découverte de personnes croisées au hasard au coin d’une route et au partage de connaissances et d’expériences.

Je trouve qu’une compréhension du stop au-delà du déplacement gratuit et du danger que l’on imagine est essentielle. La peur qui vient de ce qu’on imagine pouvoir arriver est totalement légitime, mais également surévaluée.

Comme le danger zéro n’existe pas, la question est donc comment le réduire au maximum.

Il existe des gens aux mauvaises intentions et oui, il en suffit que d’une. Mais je ne pense pas que c’est une raison suffisante pour ne pas faire des choses. Je suis convaincue que la majorité des gens n’ont aucune mauvaise intention. Notre état d’esprit et notre comportement, en revanche, définissent bien plus ce qui nous arrive que la tierce personne. Comme un chien peut détecter si nous sommes stressés, effrayés ou heureux, l’humain le peut également jusqu’à un certain point. Une personne peu sûre d’elle et effrayée envoie des signaux qui l’annoncent comme vulnérable à toutes les personnes aux alentours. Or proie facile égale danger accru. Elle attirera les dangers à elle. Notre première image est donc essentielle au bon déroulement de toute interaction. S’il y a un danger potentiel, être confiant, sûr de soi, et respectueux, compréhensif et bienveillant agira comme invitation à agir de même, ou du moins comme un déterrent efficace de danger. Si le ton de l’interaction est tel, il n’y a aucune faille pouvant justifier un acte déplacé ou violent. Et si ni agressivité ni colère ne peuvent s’accumuler, la seule arme restante pour les plus téméraires est l’insistance. Rester ferme et intransigeant dans ces cas, en ne jamais offrir de prises sur lesquelles ils peuvent s’échauffer, suffit en général à clore la discussion. Bien sûr, pour ces cas isolés où les personnes ne suivent pas les schémas de comportements habituels et qui sont naturellement plus dominants, quoi que l’on fasse, rien ne changera la mise en action de leurs intentions.

Puisque notre comportement ne définit pas seul les évènements, il est donc essentiel de procéder de manière systématique à une analyse de risque. Cela avant même de nous retrouver dans des situations délicates, c’est-à-dire avant même de monter dans une voiture ou avant même de considérer faire du stop. Les risques ne sont pas identiques selon le pays ou l’heure à laquelle on fait du stop, notre genre, notre apparence ou encore notre langue. Faire du stop en tant que femme seule en Arabie Saoudite ne représente pas les mêmes risques que seule en Europe. Faire du stop à la tombée de la nuit en campagne ne représente pas les mêmes risques qu’en plein jour en agglomération. De même qu’ils diffèrent si j’en fait en groupe ou seule. Chacune de ses variables est à prendre en compte comme celles de nos potentiels conducteurs. Selon le genre de la personne, le type de véhicule, son apparence ou ses premières paroles, on ne prendra pas les mêmes décisions.

Chaque situation requiert une évaluation spécifique qui justifie une prise de risque ou non.

Voici un exemple d’analyse : il reste moins d’une heure avant le coucher du soleil, ça fait depuis tôt le matin que je suis sur la route. Je me trouve à 1h-1h30 de Belgrade à la campagne à la frontière avec la Bosnie. Un homme me propose de monter dans le camion de son ami quand je lui demande s’il peut me prendre. Je n’aime pas l’idée, mais décide de voir la personne. L’ami, pas très bavard, accepte de me prendre. Il n’a pas l’air du gas le plus sympathique et social du monde, mais l’option de prendre une autre voiture est restreinte, car le trafic est presque inexistant. Je sais qu’il est habituel pour des camions de prendre des gens et l’espace entre le siège conducteur et passager et assez grand pour empêcher tout contact. Je prends donc la décision, même en tant que femme seule, qu’il vaut mieux tenter le voyage avec le camionneur, qui malgré son placisme, ne semble pas méchant, qui se rend à Belgrade plutôt que de risquer de rester coincée en campagne à faire du stop à la nuit tombée, puis d’arriver à Belgrade, une ville que je ne connais pas, au milieu de la nuit. Si cela avait été au début de la journée j’aurais peut-être réfléchi à deux fois avant de monter.

Nous ne sommes pas égaux face au stop et en être conscient et en le prenant en compte dans notre analyse réduit considérablement les risques.

Bien sûr, malgré toutes ces précautions, le danger est toujours là et les situations délicates peuvent toujours survenir. Il faut en être conscient en permanence pour pouvoir détecter les signes et réagir rapidement. Rester attentif en gardant ses affaires avec soi pour pouvoir sortir du véhicule à tout moment par exemple ou avoir un téléphone chargé et connecté au réseau sont des mesures parachutes pour être prêt aux éventualités.

Au final, on remarque très vite que nous n’utilisons ces mesures presque jamais et que les gens sont plus qu’heureux de nous venir en aide. Mais s’il arrive quelque chose, ces préparations sont des plus bienvenues!

Certains diront encore que le risque n’en vaut pas la chandelle. Certainement, je me pose souvent la question et une autre me reviens toujours: renonçons-nous aux choses parce qu’elles ne sont pas sans risques? Laissons-nous notre voiture au garage parce qu’il risque de nous arriver un accident? Nous décidons de faire confiance aux autres usagers pourtant sans avoir la moindre idée de qui nous avons aurons à faire.

Il y a des situations que nous vivons tous les jours qui sont bien plus risquées que de faire du stop.

En faisant du stop, nous nous confrontons à une situation hors du commun et avons beaucoup moins de contrôle sur les évènements, et oui, ça peut être effrayant. Mais les bénéfices comparé aux risques sont beaucoup plus nombreux. Si vous voulez tenter l’expérience du stop, mettez toutes les chances de votre côté en prenant les précautions nécessaires et rien ne devrait vous en empêcher! la joie, l’ouverture, l’apprentissage , l’expérience et  le renouvellement de la foi en l’humanité qui en ressultent en valeront dix mille fois la peine!

Si le stop ne vous tente pas,  n’oubliez pas de pensez à nous quand vous voyez quelqu’un montrer son pousse au bord de route ou quelqu’un en parler!

* * *

A Lausanne, notre binôme qui était sur la bonne route se fait prendre par une voiture. Nous prenons leur place pour nous rendre sur l’autoroute.  Nous avons rajouté un signe à notre collection: « SMILE you are beautiful ». Je m’éclate à le brandir et voir la réaction des gens. S’ensuit une heure puis une deuxième où, grâce à de nouveaux messages et à notre créativité qui atteint des sommets, je ne me lasse pas de brandir nos cartons.

Après deux heures de danse, colonnes droites, pompes, grimpe des murs alentours et shooting photo sous un soleil tapant, à l’entrée d’une route où la majorité des voitures ne vont pas dans notre direction, une voiture s’arrête finalement.

Une camerounaise mère de quatres filles, nous emmène. Elle nous raconte une histoire hilarante de son expérience avec le stop. Pendant des années, ne pouvant pas prendre le bus car elle débutait le boulot trop tôt, elle a fait du stop tous les matins avant le lever du soleil. Un jour, une vieille dame s’arrête. Une fois qu’elle se rend compte qu’elle a affaire à une femme, elle s’exclame:

“Mais aidez-nous à vous aider! Vous êtes noire, il fait noir et vous êtes habillée toute en noir !!! Comment voulez vous qu’on vous voie?!”.

Le plus drôle c’est qu’elle s’habillait en noir parce qu’on lui avait dit que “le noir tient bon chaud”. Depuis ce jour, elle met un accesoire fluo pour qu’on la remarque.

Elle nous dépose à Châtel-st Denis où une voiture de police s’arrête pour nous dire que nous ne pouvons pas faire du stop sur une semi-autoroute. Peter leur explique que nous n’arriverons jamais à destination si on ne peut pas en faire là. Le policier réfléchit une minutes puis nous explique que l’on peut faire du stop sur la route qui croise celle sur laquelle on se trouve mais pas sur la semi-autoroute, puis repart. On se déplace littéralement de 3m pour être dans la légalité. La vita è bella.. 😛

Pas longtemps après, deux femmes équatoriennes s’arrêtent pour nous prendre à Bulle. S’ensuit une belle scène de communication métalangue, où l’espagnole, le français et le langage corporel font leur chemin à plusieurs niveaux et forment un tout compréhensible. Le trajet, bien que court, est intense en rire et en humanité. Elles nous apprennent même qu’il y a une usine de sushi pas loin de Bulle… en plein milieu de la suisse!? Nous en sommes éberlués.

* * *

Ces trajets représentent des valeurs qui me tiennent coeur: le partage, la communication et l’ouverture au-delà des différences. En faisant du stop, nous acceptons de partager un moment unique d’échange de passions, de vécus et de rires. C’est un acte de confiance et d’empathie dans un système où il en manque cruellement.

Je ressens autour de moi ce manque qui nuit à notre capacité à comprendre l’autre. Que ce soit avec nos proches, nos voisins ou les inconnus, nous avons perdu la connexion avec les gens: nous préférons vivre seuls, à la limite avec notre famille proche, nous connaissons peu voir pas nos voisins et nous nous attendons à ce que chaque inconnu qui nous interpelle ait une mauvaise arrière pensée à notre attention. Ce sont des comportements, presque des réflexes, que nous avons construits. Nous n’en sommes pas forcément conscients, car ils sont influencés par l’environnement dans lequel nous avons été élevé, un système où l’individu est prôné et où on a tendance à oublier l’importance des autres.

Où est le problème d’un peu d’individualisme? Beaucoup de problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui viennent de cette conception. La migration en est un, où le manque de compréhension de l’autre nous a mené au stade où nous ne tentons même pas de comprendre et voir ce que l’autre à offrir avant de chercher à l’exclure. Le suicide en est un autre, où le mode de vie individuel nous poussant à nous occuper de nos propres affaires, à moins penser aux autres, a créé un tel isolement qu’il en pousse les gens à en finir avec leur vie.

C’est un monde ou nos suppositions déterminent bien plus que la réalité parce que nous ne faisons pas l’effort d’écouter et de se mettre à la place de l’autre.

Les peurs liées au stop viennent en partie de ce problème là. Comme l’économie d’échange ou le couchsurfing, le stop et la manière dont nous le percevons est un moyen de regagner la confiance qu’il manque dans nos communautés. C’est quelque chose que je, tu, nous pouvons faire pour montrer au monde que nous trouvons cette confiance et compréhension importante et que nous la recherchons.

C’est pour cette raison que cette compétition me réjouit énormément. Elle donne la possibilité aux gens de commencer à tester pour eux-mêmes la signification du stop dans un cadre organisé et rassurant: les conducteurs ont de la visibilité, une voiture-balaie est à disposition pour tout problème et surtout plus de 100 personnes sont sur la même route en même temps!  Elle représente une rampe de lancement pour un monde d’humanité et de développement personnel tout comme elle est également une communauté de gens prêts à partager leurs expériences et offrir leur soutien.

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Depuis Châtel -St-Denis, nous continuons notre découverte du cosmos des preneurs d’auto-stoppeurs.

Le paysage commence à se faire bien campagnard, d’un vert typique qui brille sous le soleil. A Bulle, il ne nous reste plus que 4 kilomètres pour atteindre notre première étape. Deux jeunes surpris par notre allure nous y déposent. Le château de Gruyère se trouve dans un endroit magnifique, surplombant tranquillement Gruyère de sa colline verdoyante. Là nous retrouvons trois binômes et deux des organisateurs. On nous apprend que les cinq premiers binômes sont même arrivés avant les organisateurs!!! :O Par surprise nous ne sommes pas les derniers, la moitié des binômes n’étant pas encore arrivés.

Après des défis pas bien méchants on nous dévoile la destination finale: cap sur LEYSIN !

Trop bien, nous allons voir de la montagne! 🙂

La première personne qui s’arrête nous amène un bout de chemin dans la direction opposée à sa destination, elle n’est pas à 20 minutes près comme elle dit. J’aime beaucoup comme les gens ne vivant pas en ville vivent leur vie beaucoup plus tranquillement. Ils nous rappellent à l’essentiel en nous démontrant qu’il est possible de ne pas se prendre la tête. Une dame de 62 ans nous raconte comment elle ne se dispute plus du tout avec son mari avec qui elle est mariée depuis 50 ans et comment elle n’a jamais eu de prise de tête avec ses deux enfants qui ont maintenant la quarantaine. C’est une famille qu’il vaut la peine d’étudier, nous aurions beaucoup à apprendre d’eux. Quand on lui demande comment elle fait, elle nous répond que les disputent évitables existent car nous avons notre ego, élimine l’égo et les disputent suivront. A méditer :P.

Il nous est beaucoup plus facile d’avoir des voitures dans ces zones montagnardes et nous avançons assez rapidement. Les paysages sont splendides et nous invitent à en découvrir plus.

Vous saviez que le pays d’en haut se trouve entre Gruyère est Leysin? 😛 Nous n’avons presque pas été surpris en l’apprenant.

Pays-d’Enhaut est le nom d’un des 19 districts du canton de Vaud où a lieu en février tous les ans le festival international de montgolfière dont nous découvrons l’existence. Serait-ce une idée de voyage 😉 ?  Il fait tellement bon et beau que nous décidons de nous poser une petite demi-heure à l’embouchure d’une petite rue sinuant jusqu’au village de Gstaad. Une petite idée de la manière dont j’apprend la géographie suisse? Je n’ai certainement rien retenu de mes cours de géographie, mais de mes trajets tout me reste 😛 .

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Et oui, le stop est une vraie école de vie et de survie. Je ne peux exprimer combien j’ai appris en en faisant. De la géographie aux expériences dévoilant une partie du mystère qu’est l’humain, en passant par la confiance en moi et la gestion d’imprévus.

Cette expérience m’apporte quelque chose en plus. Elle me donne un cadre pour tester des techniques auxquelles je n’aurais jamais pensé en temps normal. Plus qu’être des portes-figures pour la communauté d’auto-stoppeurs et de ses valeurs, j’ai réalisé que nous avons également le pouvoir de rendre les gens sensibles aux choses qui nous tiennent à coeur: les messages que nous pouvons inscrire sur nos cartons peuvent transmettre plus que la simple information de la destination. « SMILE you are BEAUTIFUL » est un panneau avec lequel je ne me lasse pas. Je le brandis partout sur le chemin jusqu’au point où je suis toute étonnée quand des personnes me font un grand sourire ayant oublié quel carton je tiens dans les mains. Il me semble que plus nous approchons de Leysin et plus le monde réagit aux signes. Es-ce la campagne ou le beau temps 😉 ? Cela réchauffe le coeur de voir autant de gens sourire à ce qui n’est finalement qu’un message écrit sur un bout de carton!

Partager de la bonne humeur est vraiment quelque chose de magique.

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Notre arrivée à Leysin nous offre une petite frayeur. Alors que Peter cherche l’adresse de l’hôtel dans lequel nous avons rdv, notre chauffeur nous demande si nous sommes bien au bon endroit, car il existerait également un petit village du nom de Leysin tout près de Nyon… c’est à dire pas du tout où nous nous trouvons. La tête de Peter, qui se réjouissait déjà de se faire un bon spa avant la fête, se décompose en un moment de silence consterné. Heureusement, nous sommes bien au bon endroit et arrivons à l’hôtel autour des 19h avec comme accueil un groupe de personnes, bières dans la main, nous offrant un tonnerre d’applaudissement qui peut se traduire par « Wow, vous avez été rapide ! » 😛 .

Notre rang? Oh, il y a encore cinq binômes qui ne sont pas arrivés.

Mais schhhhhhhut… pas besoin de dire que nous sommes une 6aine en tout!

Merci aux neuf voitures qui nous ont pris!!! 😀

Nous nous ruons dans le spa dont la majorité des binômes profitent déjà, certains depuis 14h30. Au spa, pendant le dîner et durant la soirée qui suit, les événements de la journée sont partagés. Certains sont arrivés à Leysin avec 2 voitures, mais les premiers en ont pris 6. Certains n’ont pas attendu plus de 20 minutes avant qu’on les prennent, d’autres plus de deux heures (oui oui c’est nous :D). Certains se sont fait draguer pendant la journée mais beaucoup plus ont dragué. 70% des participants sont des filles! Un peu plus du tiers des participants n’avaient jamais fait de stop et tous planifient d’en refaire!

Mais le plus incroyable c’est que TOUS les binômes sont arrivés à destination avant le dîner, heure officielle de fin de concours, et qu’il n’y a pas eu un seul problème! N’est-ce pas un message magnifique au monde !?!? <3

La soirée est lancée une fois que tout le monde sait ce qu’il va se passer le lendemain, c’est à dire info sur le petit déjeuner et départ libre avec stop fortement encouragé. Plus de 120 personnes qui pour la plupart ne se connaissent pas, réunies comme de vieilles connaissances pour une soirée qui se prolonge jusqu’à 5h30 du matin. Durant la soirée une idée super sympa sort d’une discussion (dédicace Dino!). Ne serait-ce pas génial d’avoir un Tinder version voyage où on pourrait se matcher avec des gens pour voyager ensemble et où on pourrait choisir l’option lit double ou séparé?

Le lendemain, après une petite balade dans la montagne avec un petit groupe, nous rentrons sur Genève dans la voiture balaie revisitée en voiture taxi. Au niveau de Montreux, sur une proposition en l’air, nous nous arrêtons pour une baignade. L’eau est encore fraîche, mais le soleil est présent. C’est la pause ressourçante idéale avec baignade, lecture, danse, colonnes droites, bronzage et même grimpe.

A Genève, nous ne sommes plus que cinq à se retrouver au bord du lac. Nous profitons des derniers rayons autour d’un verre.

 Le weekend a été intense et magnifique. Tout le monde est prêt pour une bonne nuit de sommeil… jusqu’au moment où cette discussion surgit:

– Je voudrais vraiment faire une via-ferrata une nuit de pleine lune…

Et ça:

– *pointant du doigt la lune, pleine…* Oh, mais regarde!

Nous nous sommes tous regardés et inévitablement, deux heures plus tard, nous roulons direction montagne ! Avec la pleine lune il n’y avait même pas besoin de lampe.

Une belle grimpée, un donjon lugubre visité et une descente à pied plus tard et il est deux heures du matin, fin de notre weekend de fou.

Ce weekend a surpassé mes attentes. Une organisation d’enfer. Un temps magnifique. De belles valeurs partagées. Des belles rencontres, sur la route, parmi les participants et les organisateurs.

Merci cinq trillions de fois à Florian et Dino et toutes les personnes de l’association pour l’avoir rendu possible !!!

Plus de 1000 personnes sont prévues pour la prochaine édition, c’est ça? 😛 Prévoyez votre présence au prochain pousse-pouce! 😀  –>  Page FB Pousse-pousse!

Prenez des précautions, restez attentifs, mais restez ouvert et tentez votre expérience ! N'oubliez pas de partager votre joie de vivre !!!