IRAN

ILLUMINATIONS PERSES

Je viens de terminer un séjour d’un mois en Iran. Il est impossible de résumer l’essence de ce voyage en quelques mots.

Mon ami Ahmad (nom d’emprunt), que j’avais rencontré deux ans auparavant à Hong Kong, et moi avons exploré le Golfe persique, le sud-est (Bouchehr, Abadan, Ahvaz), le sud-ouest (Kerman, Mahan, Rayen, Kaluts), l’Iran central (Yazd, Kashan, Badrud, Isfahan) et finalement, à fond, Chiraz, le coeur du Fars, la ville d’origine d’Ahmad. Le coeur de la Perse, avec ses jolies “naranges” (soi disant cousines de l’orange, trouvées seulement en Iran).

Il se trouve qu’Ahmad est un guide touristique accrédité, un interprète anglais-persan et, je l’ai compris plus tard, un compagnon utopique. Je lui suis redevable pour 28 jours extraordinaires et inoubliables que j’ai passés avec lui.

De la poésie, une splendeur architecturale qui éblouirait même un aveugle, une calligraphie qui concurrence la suprématie des Chinois, des déclarations politiques subtiles dans l’apparence et l’attitude des jeunes, un rap Palang épique, porter notre regard vers l’Irak, boire et conduire…
Une leçon d’histoire hallucinante qui commence avec les sites préhistoriques, l’héritage de Zarathoustra qui perdure, les Élamites et les Mèdes, à travers Cyrus le Grand, l’invasion macédonienne, le second empire persan (les Sassanides), les Arabes, les Mongoles et la destruction de Tamerlan, l’absorption de la sagesse persane et le patronage d’un art nouveau, le dernier empire persan (les Séfévides), l’inutile/inefficace dynastie Kadjar, les Chahs ultra-occidentalisés, le désordre habituel au Proche-Orient causé par les puissances occidentales, suivi par l’inévitable effet boomerang que nous observons aujourd’hui dans la République islamique, à travers les sites, les gens, les discussions, les amitiés, les lectures et la contemplation. Qu’est-ce que l’”Histoire” ?

Peut-on vraiment connaître l’Histoire? Est-ce que c’est autre chose qu’une série de contes populaires et de trouvailles archéologiques rares et ambiguës? Rien que la quantité d’histoire ancienne qui nous est parvienu depuis Hérodote est effrayante. Jusqu’où sommes-nous prêts à croire à tous ces récits qui constituent notre Histoire?

Cette considération m’est apparue en arrivant au Qatar, le pays des Bédouins. Des milliers d’années d’histoire, mais pourtant pratiquement aucun monument à proprement parler. Leur histoire vit avec eux, dans le présent – c’est peut-être là que nous devrions chercher des “réponses”.

Les liens humains avec lesquels je quitte le pays ne peuvent que se renforcer au fil des prochaines visites.

Si vous voulez apprendre quelque chose, souvenez-vous juste de cela : personne ne peut affirmer connaître un endroit. Même pas vous. Même pas le vôtre. En partie parce que vous faites partie intégrante de votre expérience d’un endroit. Ainsi, si vous changez, cela modifiera radicalement votre expérience de l’endroit. S’il-vous-plaît, agissez moins comme des touristes, et plus comme des personnes.

Cela est devenu de plus en plus évident à chaque fois que je retournais dans ma ville natale, Genève. L’explorer à nouveau, avec un regard neuf, en tant que voyageur qui explore sa propre ville, m’a laissé bouche bée quand j’ai compris que le fait d’avoir changé moi-même faisait également changer mon environnement. En étant exactement aux mêmes endroits, avec presque exactement les mêmes personnes, je ne suis même pas prêt d’avoir fini de me sonder moi-même, dans ce microcosme de la diversité humaine.

Plutôt que pointer du doigt votre environnement et les facteurs extérieurs, opérez un changement sur vous-même. C’est peut-être en soi que l’on trouve ce réconfort tant recherché.

Pour le moment, je suis au Qatar. Sur le point de m’endormir, seul sur la péninsule de la plage privée du Sheraton. Tout est calme et paisible… calme, quand le silence n’est pas brisé par un mec qui doit se la péter avec son énorme moto à travers la ville. Autant je méprise l’exclusivité du luxe, autant je ne peux pas réprimer l’admiration que j’ai pour ces somptueux designs architecturaux. Je ne peux que souhaiter qu’un jour ou l’autre, ces environnements puissent être offerts à tous, sans discrimination.

Une vie de vagabondage sans objectif, sans domicile fixe, mais constructive et instructive tout au long du chemin.