La famille d'Alim

Ecrit par Nina

Après le petit déjeuner constitué de pain, confiture et yaourt local, Angelina, André et Iliana nous déposent chez le prof d’anglais d’Angelina, Alim Kivasa, à Aleksandrovka. Angelina l’a appelé pour qu’on puisse passer à son école et rencontrer les autres élèves.

Et oui, on est retourné en direction de Bishkek. Mais on ne pouvait pas rater une occasion pareille. J’ai tellement de choses à dire sur nos deux jours passés dans la famille Kivasa, que je ne sais pas par quoi commencer.

Dû au rôle de la femme au Kirghizistan, mes observations et mon expérience dans la famille se limitent essentiellement au monde de la femme. Peter, lui, a vu le spectre masculin.

Retour aux événements.

Angelina, André et Iliana, en nous déposant, nous souhaitent un bon voyage et insistent à ce qu’on revienne les voir à Issyk Kul. On se quitte en rigolant et en criant à la volée qu’ils doivent d’abord venir à Genève.

Alim et Ashiyana, sa femme, qui porte dans ses bras un enfant, se trouvent sur le pas de la porte et nous invitent à entrer.

La maison est un complexe en pierre qui regroupe quatre appartements par une cour où se trouvent deux tables à manger et une cuisine commune. Si on traverse la cour, il y a une porte qui mène à une deuxième cour où se trouve une pompe à eau, une sorte de mini écurie et un coin pour cuisiner avec des casseroles énormes. Si on continue tout droit, en passant sur la droite les toilettes sèches communes, on débouche sur le jardin.

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La Cour Principale
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La cour principale

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Ashiyana et la pompe à eau.

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Le jardin.

La maison est occupées par la famille d’Alim: ses parents et trois de leurs enfants ainsi que leur famille: Aziz, l’ainé, sa femme et leur fille; Alim, le deuxième, Ashiyana et leur deux fils; et Aida, la quatrième enfant. La troisième, Amina, habite chez son mari et Alfiya, la benjamine de 15 ans est au collège et loge dans un dortoir à Bishkek. Nous auront l’occasion de tous les rencontrer, car nous seront invité à la fête de fiançailles de Aida qui aura lieu, par hasard, le lendemain.

On s’assied dans le jardin et discutons un moment avec Alim.

Alim, Akbar et Peter.

Toute sa famille,  comme on l’apprend, est Doungane, identique au groupe ethnique des Hui dont fait partie ma grand-mère. Cette branche de chinois de l’ouest, en majorité musulmane, a émigré un peu partout en Asie centrale et représente une minorité au Kirghizistan. Ils parlent le doungane, un dialecte chinois, en plus du kirghize et du russe. Tout ce qu’on apprendra d’eux représentera donc un mixe de culture kirghize, doungane et musulmane, la famille étant très traditionnelle et religieuse. Alim n’en reviens pas que nous ayons les mêmes origines.

Pendant ce temps, Ashiyana reste debout à écouter à distance. Bien qu’elle m’ait apparu discrète et retirée à ce moment,  elle s’avéra devenir une très bonne amie dans les heures et jours suivants.

Alim et Ashiyana sont très jeunes. Peter et moi avons été choqués quand ils nous ont appris qu’ils avaient respectivement 25 et 21 ans.

Ils se sont rencontrés à un cours d’anglais pas longtemps avant qu’Alim parte aux États-Unis pour travailler. Juste avant de partir, il lui a demandé d’attendre son retour et après quatre années de correspondance par Skype et alors qu’Ashiyana finit sa première année de psychologie à l’uni, Alim reviens. Elle arrête ses études et ils se marient. Alim a alors 23 ans et Ashiana, 18… Cela fait deux ans de ça et ils ont deux enfants adorables: Akbar et Akmar.

Alors qu’Alim loue les qualités de sa femme, Ashiana récolte des légumes pour nous cuisiner quelque chose. Je la rejoins à la cuisine et elle accepte volontiers que je l’ aide.

Elle m’explique que la nourriture au Kirghizistan est basée sur la viande et qu’il y en a dans tous les plats. Le pays est en effet couvert à 70% par des montagnes, voir à 90% selon des sources, rendant l’élevage d’animaux bien plus faisable et abordable que l’agriculture. En traversant le pays dans la semaine qui suit, on verra des hordes de moutons et de chevaux se déplacer sur les routes.

Quant aux légumes, elle dit pouvoir utiliser son jardin pour une partie des besoins de la famille. Puisque le travail est difficile à trouver et qu’en avoir un n’est pas synonyme de bon salaire, presque toute famille à un champ sur lequel elle cultive assez pour subvenir à ses besoins, mais surtout pour recevoir un revenu supplémentaire par la vente.  Ceci est reflété dans l’économie,  18% du GDP vient de l’agriculture, dont le secteur le plus important est l’élevage du bétail, et elle emploie 45% de la main-d’œuvre.

De plus,  une particularité de la minorité ethnique Doungane, pour une raison que j’ignore, est qu’elle produit énormément de carottes. Des oncles de la famille ont des champs exclusivement de carottes. Près de 60 tonnes sont exportées en Russie chaque année.

Finalement, on s’installe à la table pour manger le plat qui me rappelle la maison, par la manière dont il a été cuisiné ainsi que par ses saveurs. Peu, voir pas de viande, pour ce repas. Ashiyana me dit être un cas particulier, parce qu’elle aime beaucoup les légumes.

Peter va à la mosquée avec les hommes de la maison, alors que dans la cuisine, les femmes s’activent à préparer des plats pour la fête de fiançailles du lendemain.

Grâce à du renfort arrivé en début de l’après-midi, certaines s’occupent de préparer et pétrir différentes pâtes pour du pain, des nouilles et d’autres spécialités, alors que d’autres préparent les légumes. Ce qui m’impressionne plus que la quantité de nourriture qu’elles préparent, c’est l’efficacité et la rapidité avec laquelle elles le font. Une fois une tâche terminée, elles passent à la suivante.

De La Viande !!!  ;)
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De la viande !!! 😉

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En plein travail.

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Les éviers.

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Sorte de chouquette.

Les desserts se font alors que les pâtes reposent et la vaisselle commence à s’empiler dans le double évier. Je me propose à la tâche, mais ne remarque pas sa subtilité. Posé dans le lavabo de gauche, il y a un grand récipient avec de l’eau. Comme je pense l’avoir compris, je lave la vaisselle sale avec. Et alors que je veux la changer, je retourne le récipient dans le lavabo. Et là, alors que j’entends un « Oh noooooooooo », l’eau se déverse tout droit sur le sol de la cuisine…
En fait, seul le lavabo de droite a une tuyauterie et l’eau sale est normalement versée à l’extérieur (comme d’ailleurs le composte qui repose dans des bacs)…
En rigolant, Ashiyana étale l’eau pour qu’elle s’évapore, alors que je m’excuse platement avec un sourire aux lèvres.

Je finis tout de même mon boulot et alors que les filles entament le pétrissage et la formation d’un dessert qu’elles appellent « donut » (de la pâte tressée en rond) on m’appelle pour aller visiter l’école d’Alim. Je réveille Peter qui fait une sieste (déjà-vu?) et on se met en route avec Alim.