Adopté à Belovodskoe

Ecrit par Nina

Nina, waiting for a marshrutkas.

Attendant un Marshrutkas.

On quitte Bishkek pour Belovodskoe, ville à l’ouest, en marshrutkas (bus local). À notre arrivée, notre ventre crie famine. On demande conseil à un homme qui, ne parlant pas anglais, nous amène dans son magasin. Il nous présente sa fille, Angelina, très élégante, aux cheveux rouges qui tombent jusqu’aux hanches.

Angelina and Andri in Belovodskoe

Angelina et André en pleine discussion.

Le père lui dit quelque chose et elle nous conduit avec le sourire à un restaurant appelé тойкана. Elle nous aide à commander et nous laisse.

Notre repas,  du riz accompagné de poulet,  une salade de concombre et de tomates et une soupe, est tout simplement incroyable. Avant d’arriver au Kirghizstan, on avait lu que les gens n’y viennent pas pour la nourriture. On s’attendait donc à rien de spécial et nos premiers jours ont confirmé ces propos. Ce repas était donc notre premier bon repas du voyage et malgré ce qu’on en dit, le Kirghizistan nous en réservera bien d’autres.

Simple and amazing.

Simple et incroyable.

Alors qu’on finit de manger, Angelina reviens.

Elle est au collège et va à l’uni une fois tous les mois. En plus, tous les soirs de la semaine depuis deux ans, elle se rend à un cours d’anglais et prend également des cours de chant. Quand on lui demande ce qu’elle veut faire plus tard,  elle nous dit qu’elle va finir l’école et perfectionner son anglais, mais qu’après, elle rêve de devenir chanteuse à Moscou. Elle nous chante donc un air russe en plein restaurant, avant de nous ramener à son magasin.

Quand ils apprennent qu’on n’a pas visité Issyk Kul, la destination la plus fréquentée au Kirghizstan pour sa beauté et ses bains thermaux, ils sont totalement choqués. Nous en rions et finalement, ils proposent de nous amener dans les montagnes près de Belovodskoe. La seule condition, c’est qu’on paye l’essence. On saute sur l’occasion, et comme sa mère se refait une beauté dans un salon de coiffure, Angelina nous fait faire un petit tour du village. On s’arrête à un stand qui sert du “Soviet water”, du sirop dans de vrais verres, comme je le remarque fidèle à moi-même. Ils ne coûtent que 5 soms, l’équivalent de moins de 0.1 Frs …
Stand d'eau soviétique!

Stand d’eau soviétique! Du sirop avec de l’eau gazeuse… c’est super bon, promis.

Puis, la famille étant russe orthodoxe, on visite leur église. A la sortie se tient même le saint du voyage, qu’on remercie chaleureusement avant de sortir.

Église Orthodox à Belovodskoe

Église Orthodoxe à Belovodskoe

Interior of the Orthodox Church of Belovodskoe

L’intérieur de l’église orthodoxe.

Nous faisons un petit tour d’un parc où des enfants se prennent d’affection pour Peter. Enfin plutôt pour l’appareil photo qui prend des photos d’eux.

Me and Kids in Belovoskoe

Peter et les enfants à Belovoskoe.

De retour au magasin, Angelina va chercher sa mère Iliana et en moins de cinq minutes ils ferment le magasin et nous nous retrouvons dans leur voiture. L’excitation et la bonne ambiance sont palpables alors qu’on passe chez eux, qu’on fait le plein, puis qu’on va dans les montagnes. Il est déjà 5h de l’après-midi.

On se sent directement intégré dans la famille et somme emportés par leur entrain. La mère et le père parlent à toute vitesse en russe et Angelina traduit.
On s’arrête près d’une rivière. Le père sort son fusil et nous explique qu’il peut chasser le loup. Puis il sort sa canne à pêche et se met à pêcher dans la rivière, en nous racontant qu’il peut pêcher des poissons de plus d’un kg.

André avec sa canne à pêche.

André avec sa canne à pêche.

Pendant ce temps,  la mère cueille des fleurs, nous les fait sentir et nous explique que c’est pour faire du thé. Et en effet, chez eux, ils ont un placard plein de bocaux d’herbes et fleurs à infusion, bon pour le cœur, la tête, la gorge, etc, comme me l’explique Angelina, puis me réexpliquera André en me les faisant tous sentir.
Ensuite, à un autre endroit, on grimpe la montagne avec Angelina, jusqu’à ce que les parents nous fassent signe de descendre, c’est-à-dire après pas plus de 20 minutes.

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Alors qu’on descend, André et Iliana ont des bouquets pour thé dans les mains. On rentre dans la voiture et on se dirige vers la maison. Sur le chemin du retour, les parents nous parlent d’une tradition russe qu’ils ont et nous montrent une vidéo. Tous les ans, le 18 janvier, alors qu’il y a de la neige partout et que l’air est autour des – 25, ils se trempent dans la rivière. Ils en rient et tout excités, nous montrent d’autres photos des endroits qu’on passe, prises en plein été alors que la végétation foisonne d’un vert magnifique. En comparaison, le gris verdâtre que nous voyons n’est rien du tout, mais, est-ce possible ? C’est tout de même à couper le souffle. On s’arrête un moment pour voir le coucher de soleil puis on rentre à la maison.

En rentrant dans la grande cour, un chien se met à aboyer comme un fou et à tirer sur la chaîne qui le maintient près du mur. Ses aboiements nous poursuivront à chaque fois qu’on sortira de la maison. A l’arrière, il y a un jardin avec des légumes et des pommiers. Beaucoup de pommiers dont les pommes servent à faire du jus qu’ils vendent. A l’entrée de la maison, où se trouve un chat, revenu le jour d’avant avec une dizaine de ses chatons, on y enlève nos chaussures. La maison est grande et spacieuse.

Peter va faire une sieste dans le salon immense. La famille se met à cuisiner et malgré mes multiples tentatives pour aider, j’échoue.

Angelina, André and Iliana en pleine préparation!

Angelina, André et Iliana en pleine préparation!

Donc, pendant que la mère prépare un mélange de viande et de patates et que la fille coupe les légumes pour la salade, je m’assieds à la table et écoute les histoires qu’ils me racontent. De tout ce qui s’est dit, je ne me rappelle plus que de ça:  A l’école, les cours sont donnés en russe. Ils enseignent également le kirghize, mais n’étant pas très bien enseigné, seul les enfants de parents le parlant, connaissent la langue. Angelina ne parle donc que le russe.

Je réveille Peter et on s’installe pour le repas.

Joyeux Noel

Joyeux Noël!

Des boulettes de viande, de la salade de tomate et de concombre et du sarrasin avec de la sauce tomate maison. Tous vient de leur jardin ou de celui des grand-parents d’Angelina. Un deuxième repas incroyable dans une ambiance si naturelle, qu’elle ne cesse de m’impressionner.

Après un moment, André veut nous faire goûter son alcool maison. Il revient avec une liqueur à la fraise à 40% et une à la rose à 20%. Je ne fais que goûter. La liqueur à la fraise me donne l’impression de boire du jus de fraise. Et étrangement, elle a moins le goût d’alcool que celle à la rose. Peter, lui, suit l’exemple d’André en buvant des shots. Et plus André boit, plus nous nous installons dans la discussion.
André nous parle de leur passé, avec photos.

André nous parle de leur passé, avec photos.

Alors que le Kirghizstan faisait partie de l’Union Soviétique, André faisait l’armée en tant que sergent d’un bataillon d’environ 40 soldats. Il a commandé un peu partout, dont en Allemagne, en Chine et dans l’Union Soviétique. Il ne nous en dit pas beaucoup…  Ça lui a pris 25 ans pour pouvoir à nouveau tenir un fusil dans ses mains après la chute du mur de Berlin.

Peter demande comment il trouve le pays aujourd’hui en comparaison avec l’époque soviétique. Selon André et Iliana, sous l’Union Soviétique, tout le monde était égal. Il y avait assez de nourriture, les soins médicaux étaient gratuits. Ils ne manquaient de rien et la vie était plus simple. Aujourd’hui, les gens sont pauvres, ne trouvent pas de travail et manquent de tout.

La famille, elle, semble assez aisée, mais ne peut tout de même pas s’offrir des vacances à l’étranger. Tous les ans,  pour les vacances d’été, ils vont donc à Issyk Kul, où ils louent une maison. Le père nous dit fièrement que là-bas il va chasser tout les jours et reviens avec de la viande qu’il cuisine pour toute la famille. L’endroit est magnifique et des bains chauds naturels complètent le tout. Ceux-ci, nous assure-t-il, sont magiques. Pendant la guerre, André s’est pris deux balles,  une dans le dos et une dans la jambe en sautant en parachute. Ses blessures le faisaient souffrir énormément, mais une fois s’être baigné à Issy-Kul pendant plusieurs semaines, il s’est senti comme neuf. Et depuis, plus aucune douleur. Je regarde la mère pour chercher confirmation et elle hoche la tête avec un sourire.

On leur propose de venir nous rendre visite à Genève en leur disant qu’ils n’ont qu’à payer le billet d’avion et le visa. Mais cela coûte cher et ils retournent notre offre en nous proposant de revenir l’année prochaine, pendant l’été, à Issyk Kul. Ils appuient leur offre en nous disant qu’on aura l’occasion d’apprendre le russe, de bénéficier des bains thermaux et de passer du temps ensemble. La discussion tourne en joute à qui visitera en premier.

La soirée continue ainsi dans la bonne humeur et cette journée parfaite se termine après trois heures de discussions et de rires et une bonne nuit de sommeil.